Dans cette entrevue, Mariana Morales discute avec l'artiste sino-canadienne Tong Zhou Lafrance de sa pratique artistique, de l'inspiration très personnelle qui sous-tend ses œuvres et de ses projets pour l'avenir.

 


Tong Zhou Lafrance, 童宙, est une artiste multidisciplinaire d'origine chinoise. Elle a été adoptée à Anhui, en Chine, en 1999 et est actuellement basée entre Tiohtià:ke/Montréal et Québec, Canada. Sa recherche visuelle se concentre actuellement sur les différentes méthodes d'exposition permettant la transportabilité d'objets intimes d'un endroit à l'autre.

Depuis 2019, elle a commencé à partager son récit en lien avec son adoption transnationale pour sensibiliser à l'identité transculturelle et à la diaspora des adopté·e·s chinois·es dans les territoires occidentaux.

Mariana Morales : Qu'est-ce qui vous définit en trois mots ?

Tong Zhou Lafrance : J'ai trouvé ces trois jolis mots : coloré, sincère et axé sur la guérison (healing-driven). Ces mots représentent vraiment ce qui me motive dans ma pratique, donc je trouve qu'ils me conviennent.

MM : Comment décririez-vous votre art ?

TZL : Je pense que je décrirais mon art comme étant en changement constant, plein d'essais et d'erreurs, stimulant et engageant. Depuis que j'ai commencé à me concentrer sur le dessin et par la suite, à rejoindre le milieu universitaire, j'ai changé quelque peu ma pratique car, d'une certaine manière, j'ai du mal à exprimer ce que je dessine et comment je le fais. Il était trop difficile pour moi, sur le plan émotionnel, d'expliquer chacun de mes dessins dans un environnement académique. D'autant plus que le sujet que j'aborde souvent dans mon art — l'adoption transnationale des enfants chinois — est extrêmement personnel. J'ai donc dû explorer plusieurs médiums pour trouver un terrain d'entente. C'est pourquoi mon art a évolué vers le conceptuel et s'est orienté vers l'art des fibres et textiles.

Maintenant, mon art est profondément instinctif, brut et plein d'émotions ! C'est un équilibre entre le monde académique et une expression personnelle profondément émotionnelle qui me permet de parler du/mon passé d'une manière plus observatrice.


MM : Selon vous, qu'est-ce qui fait partie intégrante du travail d'un·e artiste ?

TZL : Je dirais qu'il faut trouver le bon équilibre entre la liberté d'expression, l'engagement dans sa pratique et le bien-être. Il est crucial de ne pas perdre son essence en tant qu'artiste, mais il est également important d'avoir une bonne connexion avec soi-même pour être cohérent dans sa pratique. Je vois cela comme un triangle avec trois points essentiels pour qu'une personne réussisse en tant qu'artiste. Il faut aussi apprendre à faire des compromis, à être organisé·e, à planifier et à être ouvert·e au changement !

MM : Quelle a été pour vous une expérience marquante en tant qu'artiste ?

TZL : Oh, il y a beaucoup d'expériences (rires…) ! D'une certaine manière, chaque jour est profondément déterminant pour ma propre pratique artistique. De nombreuses expériences m'ont aidé à grandir. tant sur le plan personnel que professionnel. Mais si je dois choisir une expérience significative, j'hésite vraiment entre deux. La première a été de déménager de la ville de Québec, qui est beaucoup moins multiculturelle que Montréal, où je réside actuellement. Venir à Montréal a vraiment contribué à ma compréhension de la culture chinoise, même si on parle de la diaspora chinoise. Le second était mon parcours d'apprentissage du mandarin. Ce fut une expérience cathartique qui m'a permis de traiter ce que j'apprenais sur ma communauté et un élément clé pour me connecter avec mes racines culturelles. Même si j'apprends encore la langue, je peux dire que cela a complètement changé ma façon de me comprendre, de comprendre les autres et le monde qui nous entoure.

MM : Quelles sont vos principales influences artistiques ?

TZL : Actuellement, ma plus grande influence artistique est David Hockney. Je pense que sa pratique illustre le triangle que j'ai mentionné plus tôt à propos de ce qui fait partie intégrante du travail d'un·e artiste. Son travail est à la fois séduisant et profond, et je trouve que ces deux éléments sont les aspects clés d'une œuvre d'art réussie. C'est un peintre qui a été témoin de l'évolution rapide de la photographie, et en ce sens, je trouve un parallèle avec mon propre travail, qui est passé de la peinture à une approche plus didactique pour m'adapter au présent.

Il y a aussi un·e autre artiste qui m'a fortement inspiré·e au début de mes recherches sur l'adoption transnationale d'enfants chinois et mon processus de recherche d'autres artistes transnationaux adopté·e·s.

Son nom est kimura byol — nathalie lemoine. Iel m'ont aidé à être plus critique sur ma façon de voir l'adoption. Même si je suis entre deux mondes, j'ai toujours une voix et un point de vue valable sur la culture chinoise. De plus, il va sans dire que je suis très intéressée à m'inspirer de la culture visuelle chinoise dans mon propre travail.

MM : Quelles sont vos principales sources d'inspiration ?

TZL : Mes proches sans aucun doute, mes souvenirs de mon adoption, ainsi que mes archives familiales. Sans eux, je ne pense pas que je pourrais trouver la paix intérieure nécessaire pour créer. Grâce à ce qu'ils m'apprennent, je trouve ce qui m'entoure plus beau, plus significatif. Les saisons sont également une source d'inspiration car je les considère comme une sorte de métaphore pour comprendre la vie, tout comme le temps, simplement parce que je ne peux pas les contrôler, ce qui implique une acceptation.


MM : Quels sont vos projets pour les années à venir ?

TZL J'ai l'intention d'étudier au Collège international de l'Académie des arts de Chine à Hangzhou, en Chine. Pendant un an, je ferai un certificat de langue et de culture chinoises et pendant trois ans une maitrise en arts textiles dans le département de sculpture. Je dois attendre l'ouverture des frontières chinoises pour commencer mon projet de contacter des Chinois·es adopté·e·s dans les arts multidisciplinaires. Personnellement, je trouve que mon problème actuel concernant l'apprentissage de mes racines transnationales est que la culture visuelle chinoise ne correspond pas à ma propre réalité ni à celle de la ville de Québec ni à celle de Montréal. Ainsi, j'ai hâte d'entrer en contact avec d'autres adopté·e·s transnationaux·ales de Chine intéressé·e·s à collaborer sur différents projets. Comme je suis à la fois intéressée par l'apprentissage de la langue et de la culture chinoises, je trouve important de les partager d'une manière plus accessible, d'une manière qui soit significative pour les adopté·e·s chinois·e·s à l'étranger.


MM : Pourquoi avez-vous rejoint Artasiam ?

TZL : La raison principale est de sensibiliser le public à ma quête personnelle d'illustrer l'adoption transnationale dans les Beaux-Arts et de trouver d'autres artistes, penseurs. Alors que je me prépare à déménager en Chine, rejoindre Artasiam a été pour moi un moyen de me faire connaître et d'entrer en contact avec la communauté asiatique à l'étranger. En me mettant en ligne, je vois cela comme une invitation pour les personnes qui ne sont pas familiarisées avec le sujet de l'adoption transnationale, à au moins en entendre parler. Personnellement, j'ai encore beaucoup à apprendre sur le sujet, mais je trouve que plus je partage sur ce que je ne connais pas vraiment, plus nous pouvons apprendre à quel point ce sujet peut être complexe et passionnant.

De plus, il y a sans doute un manque de représentation culturelle sur la scène artistique canadienne. J'ai cherché d'autres artistes chinois·es adopté·e·s au Canada et je n'en ai trouvé que deux. Je pense donc qu'il est tout à fait naturel pour moi de faire partie de cette plateforme et, par conséquent, de faire partie de la communauté des artistes canadien·ne·s d'origine asiatique.



 

Cette interview a été réalisée en anglais le 2 juillet 2021, via Zoom.

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Tong Zhou Lafrance

Tong Zhou Lafrance, Birth of Home, 2018

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Tong Zhou Lafrance, Eternal Childhood I, 2018-2019

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Tong Zhou Lafrance, The (W)hole of Happiness, 2020

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Tong Zhou Lafrance, (Re)wound Timeline III, 2021

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Tong Zhou Lafrance, (Re)wound Timeline II, 2021

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Tong Zhou Lafrance, (Re)wound Timeline I, 2021

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